La végétation en milieu urbain plus
qu'un simple élément accessoire et décoratif

La végétation sous toutes ses formes (arbres, arbustes et espèces herbacées, arbres isolés, en bosquets ou en boisés) constitue un élément des écosystèmes urbains et naturels. Nous réalisons combien sont sous-estimés et méconnus les effets de la présence de la végétation en ville.

La réalisation d'aménagement paysagers dans les nombreux développements domiciliaires du Québec traduit plus qu'un engouement pour le jardinage et l'horticulture : elle démontre une préoccupation du citoyen d'améliorer son environnement quotidien et de s'entourer d'éléments naturels. La présence de la végétation en milieu urbain nous assure un contact avec les variables naturelles de l'écosystème, et en particulier, avec un élément vivant autre qu'humain. Nous apportons d'ailleurs beaucoup de soins et d'attentions aux plantes qui, de plus en plus, font partie de notre milieu de vie intérieur. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour notre environnement extérieur? L'individu ayant besoin de vivre en contact avec un environnement moins aliénant, et plus sain, l'importance de la végétation en milieu urbain est donc d'autant plus grande que les villes et les banlieues abritent des concentrations élevées de gens.

RÉPERCUSSIONS...

...sur le bien-être de l'individu

L'augmentation de la température dans les villes par rapport à la campagne, la forte densité de surfaces réfléchissantes au sol et près des bâtiments, la présence de couloirs de vent créés par les hauts édifices, par les rues ou par les trous dans le tissu urbain, le faible taux d'humidité provoqué par l'insuffisance de plantations et de surfaces gazonnées nous indiquent l'importance, et même l'urgence d'introduire de la végétation en milieu urbain par la plantation d'arbres de rues et par la conservation et l'amélioration des espaces boisés urbains et périurbains existants. L'effet le plus évident produit par la végétation sur le micro-climat, est l'ombre. L'arbre absorbe et réfléchit les radiations solaires de telle sorte que l'individu recherche l'ombre lors de journées ensoleillées et de grande chaleur. Les conifères assurent une protection contre les radiations solaires pendant toute l'année. L'absorption par la végétation des radiations de grandes longueurs d'ondes provenant du soleil permet également aux arbres de réduire l'écart entre les températures diurnes et nocturnes. Sous un couvert d'arbres, les journées seront moins chaudes, tandis que les nuits seront moins fraîches.

La végétation (arbres, arbustes, conifères et feuillus) réduit la vitesse du vent en offrant une résistance au déplacement de l'air. Un écran dense formé de végétaux peut permettre de créer, derrière lui, une zone d'accalmie. La vélocité du vent peut être réduite de 50% sur une distance de 10 à 20 fois la hauteur de l'écran.

Le degré de réduction sera fonction de la hauteur, de l'épaisseur et de la perméabilité des végétaux utilisés. Le couvert forestier intercepte également les précipitations, comme la pluie et la neige, et peut constituer une protection pour le promeneur.

 

...sur la qualité de l'air

La présence de massifs boisés contribue à réduire les poussières, les différents polluants chimiques et les germes microbiens. Les poussières sont d'origines diverses, de source industrielle, elles peuvent être le support de polluants chimiques. Elles proviennent de la circulation et de l'activité urbaine en général, et véhiculent alors les produits chimiques et les microbes pathogènes. Elles peuvent aussi être naturelles. Le feuillage permet un certain filtrage des poussières suivi d'un lessivage au sol lors du lavage par les pluies.

L'effet de la végétation sur l'air pollué lui-même est très différent selon les cas; les polluants peuvent être absorbés et transformés par la végétation (l'anhydride sulfureux, le gaz carbonique et l'ozone) ou être absorbés et accumulés sans transformation par le végétal (fluor. plomb). Il faut aussi mentionner que la végétation pourrait avoir un rôle anti-microbien. Il est maintenant bien connu que le nombre de germes microbiens par m3 d'air est beaucoup moindre en forêt que dans une rue du centre de la ville. De plus, des chercheurs ont mis en évidence des substances à effet bactéricide émises par les feuilles de certains arbres (ex: sapin baumier et pin).

 

...sur la qualité de l'eau

Les espaces verts et les végétaux d'une ville contribuent à absorber l'eau de pluie, par la percolation au niveau du sol et par les racines des arbres. En préservant les espaces verts, il est possible de réduire le volume des eaux de ruissellement, de protéger les sources d'eau et de prévenir ou du moins réduire les dommages occasionnés par des inondations. La présence d'espaces verts permet aussi de limiter la pollution des eaux de surface qui autrement couleraient sur des espaces pavés contenant des polluants comme le plomb et des déchets de toutes sortes. Ces eaux, drainées naturellement vers les cours d'eau ou captées par les égouts pluviaux, contribuent à la pollution de l'eau et à la disparition de la faune aquatique.

 

...sur la protection des sols

La végétation joue un rôle important pour la protection des sols contre l'érosion par l'eau et le vent. Laissés à nu, les espaces ouverts en milieu urbain peuvent se dégrader rapidement. L'absence de couvert végétal rend la surface du sol plus sensible à l'impact des gouttes d'eau et à la force du vent. Il peut s'ensuivre une dégradation de la structure du sol ou une perte de matériau (par ravinement, érosion par ruissellement, boues, vents de sable, etc.). Le problème est particulièrement important sur les sols en pente, les berges des rivières, les falaises, les collines et les talus. On aurait avantage à protéger les endroits fragiles en conservant la végétation ou en l'implantant là où elle est absente.

 

..sur la pollution causée par le bruit

Au cours des cinq dernières décennies, le niveau moyen de bruit a augmenté considérablement dans la plupart des municipalités. La présence de végétation peut remédier à l'inconfort provoqué par un niveau de bruit trop élevé. Les obstacles rencontrés peuvent absorber, réfléchir ou réfracter le bruit. La végétation, par ses feuilles plus ou moins poreuses, peut réduire le taux d'énergie sonore. Diverses études sur la création de zones tampons ont démontré qu'une bande de terrain boisé réduit le bruit de 6 à 8 décibels par 30 mètres. Cette atténuation est importante, si on retient qu'une atténuation de 12 décibels correspond à une diminution de la sensation sonore de l'ordre de 50%.

 

Un refuge pour la faune avienne et terrestre

Les superficies boisées servent également d'habitat à toute une faune terrestre et avienne. Leur rôle est donc considérable en milieu naturel et périurbain. L'observation de la faune, spécialement des oiseaux, représente un loisir de plus en plus fréquent. La présence d'espaces boisés, même parcellaires, permet à cette faune de subsister en milieu urbain. L'interaction entre des espaces bâtis et des espaces libres naturels peut aussi permettre de développer des lieux d'interprétation de la nature à proximité du réseau scolaire. Dans les municipalités (en zone urbaine et périurbaine), la majorité des espaces boisés sont situés sur des terrains moins propices à l'expansion du cadre bâti, tels que les zones de drainage lent, terres basses, berges de rivières, talus à fortes pentes et zones à affleurements rocheux mais offrant une grande diversité d'habitats. Ils jouent donc un rôle primordial dans l'équilibre des écosystèmes présents sur les territoires des municipalités.

 

Un élément architectural et esthétique

La végétation influence également le milieu urbain dans son expression physique. Elle améliore l'esthétique du paysage bâti, en créant un changement de texture, un contraste de couleur et de forme par rapport aux bâtiments adjacents. Aux abords d'un bâtiment ou d'une résidence bien aménagée, la végétation, arbres et arbustes, s'harmonisent aux éléments architecturaux et les mettent en valeur. La diversité des feuillages et la floraison de différentes espèces ajoutent une note importante parmi les masses bâties, trop souvent concentrées et entourées de vastes espaces de stationnement.

La végétation, en milieu urbain et périurbain, aide à définir et à séparer les espaces extérieurs. En zone résidentielle ou dans des aménagements publics, la végétation assure le caractère privé de certains espaces. De plus, la conservation d'une bande boisée peut permettre d'isoler une zone résidentielle d'une voie routière importante ou d'une zone industrielle. Les plantations de rues servent de lien entre les divers espaces publics et les fonctions récréatives. Les plantations d'arbres d'espèces variées peuvent, par exemple, servir à identifier les parcs ou les corridors récréatifs. La ville devient alors un ensemble vivant et bien planifié.

 

Des équipements sociaux indispensables

Les espaces verts servent de lieux de récréation pour la détente, la promenade, le sport et l'interprétation de la nature. Leur fonction sociale provient du rôle qu'ils jouent, en facilitant l'accès au public pour ses activités de loisir et en favorisant les rencontres entre les citoyens. Or, les espaces libres en milieu municipal sont en nombre restreint. Les espaces boisés intéressants sont pour la plupart de petites superficies et peu accessibles. À proximité des résidences, ces espaces boisés ont un rôle important pour les loisirs spontanés. Les nombreux sentiers que l'on peut retrouver dans les espaces boisés attestent une fréquentation importante.

 

L'éducation en matière d'environnement

Dans notre société de plus en plus préoccupée par le maintien de la qualité de l'environnement, il convient de développer un réseau d'interprétation de la nature pour les écoliers; les espaces boisés à proximité des écoles et des résidences représentent des lieux privilégiés de contact avec le milieu naturel. Nombreuses sont les municipalités qui disposent de ces espaces naturels sans les exploiter optimalement.

Source: Manuel de foresterie urbaine. Collection Les Guides Verts, Direction du patrimoine écologique, MENVIQ, 1987.

 

Les municipalités et la population en général doivent être conscients de l'importance des arbres dans leur quotidien :

Parce qu'ils remplissent des fonctions essentielles et que leur présence entraîne:

- des bénéfices esthétiques, sociaux et psychologiques
 (amélioraltion de la qualité de vie [fonction récréative]);
- des bénéfices économiques
 (incidence sur la valeur des propriétes, attrait touristique);
- des bénéfices écologiques (faune, flore et qualité de l'eau);
- un contrôle du climat;
- un contrôle de la qualité de l'air;
- un contrôle de l'érosion;
- des écrans visuels et sonores.

Parce que, de plus en plus, les citoyens et citoyennes, les institutions, les organisations, les professionnels, les agences gouvernementales et les organismes privés reconnaissent l'importance des arbres, de leur protection et de leur mise en valeur, pour les générations présentes et futures.

Parce que le développement urbain peut représenter une menace directe à la survie de certains arbres et espaces boisés.

Parce qu'une municipalité riche en arbres et espaces boisés à un caractère et une personnalité dont la population est fière et dont les visiteurs peuvent profiter.

Parce que les arbres ont une véritable valeur monétaire reconnue par les agents immobiliers, les architectes paysagistes, les arboriculteurs, les forestiers, les pépiniéristes et autres.

Protéger les arbres, c'est vital.

En plantant chacun un arbre, nous contribuons au maintien de l'équilibre écologique.

Saviez-vous que, en ville, il faut 53 arbres par habitant pour purifier l'air pollué!


Association forestière des Cantons de l'Est
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